Le traitement de la femme selon le Coran

Le traitement des femmes

(ou la prétendue autorisation de les battre…)

(Traduction du texte original de Edip Yuksel)

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« Le verset (4:34) du Coran ordonne aux croyants de battre leurs femmes. Par conséquent, l’Islam est une religion machiste. »

 

Cette critique est une critique répandue et fréquente de la part de Chrétiens, d’athées, d’agnostiques ou de tout autre population extérieure à l’Islam.

A  titre personnel, à chaque fois que je lis le verset (4:34), je ressens un étrange sentiment d’incompréhension. Comment se peut-il que Dieu, le plus Sage d’entre les sages, ordonne aux croyants de battre leurs femmes ? Quelle genre de (ré)solution cela est-il ? Comment se fait-il que cela contraste autant avec les versets du Coran décrivant le mariage :

 

« Parmi ses Signes, Il a crées pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous reposiez auprès d’elles, et Il a établi l’amour et la bonté entre vous. Il y a vraiment là des Signes, pour un peuple qui réfléchit. » (30:21)

 

 

Il est évident que ce message contradictoire a gêné beaucoup de traducteurs contemporains du Coran. Afin d’éviter les conflits moraux et intellectuels, ces derniers ont tenté d’adoucir le mot « battre » lorsqu’ils traduisent le verset (4:34). Par exemple, le traducteur Yusuf Ali ajoute une précision entre parenthèses lorsqu’il traduit ce verset : « … Celles dont vous craignez l’infidélité et la mauvaise conduite, admonestez-les (en premier lieu), (en second lieu) refusez de partager leur couche, (et enfin) battez-les (légèrement) … » (4:34)

 

Nombreux sont ceux qui tournent autour du pot en ce qui concerne ce mot « battre » dans (4:34). Lorsque j’ai achevé la traduction turque (en 1991), ce verset figurait tout en haut de ma liste orange de versets à étudier attentivement. A chaque fois que je rencontre un problème de compréhension d’un verset coranique, je me remémore le verset (20:114) et prie en conséquence :

 

« Que Dieu soit exalté : le Roi, la Vérité ! Ne te hâte pas dans sa récitation avant que sa Révélation ne soit achevée pour toi. Dis : « Mon Seigneur ! Augmente ma Science » » (20:114)

 

 

Quasiment toutes les traductions du Coran ont mal traduit les 4 mots ou termes clés de ce verset spécifique. Ces mots sont les suivants :

 

Qawwamune

 

Faddallallahu ba’dahum ala ba’d

 

Nushuzehunne

 

Fadribuhunne

 

Dans notre dernier livre, « Errors in Turkish translations » (Istanbul, 1992), nous nous sommes intéressés à la signification exacte de ces mots et aux motivations et aux raisons qui ont poussé à mal les traduire. Ici, nous nous concentrerons sur le dernier terme : Fadribuhunne.

 

 

Un mot à multiple sens :

 

Le souci provient du mot « Idribuhunne », que l’on peut traduire par « battez les ». La racine de ce mot est le mot « DaRaBa ». Si l’on recherche ce mot dans n’importe quel dictionnaire d’arabe, on trouve une longue liste de définitions assignées à ce terme. Cette liste est l’une des plus longues de tout le dictionnaire arabe. On peut même dire que « DaRaBa » est le mot à multiple sens  numéro un en arabe. Ce mot a tellement de significations que l’on en trouve de nombreuses différentes, dans le Coran :

 

 

Voyager, sortir :                   (3:156), (4:101), (38:44), (73:20), (2:273)

Frapper :                               (2:60, 73), (7:160), (8:12), (20:77), (24:31), (26:63), (37:93), (47:4)

Battre :                                  (8:50), (47:27)

Piéger :                                  (43:58), (57:13)

Donner (des exemples) :     (14:24,45); (16:75,76,112); (18:32,45); (24:35); (30:28,58); (36:78);                                              (39:27,29); (43:17); (59:21); (66:10,11)

Emporter, ignorer :              (43:5)

Condamner :                                    (2:61)

Sceller, dissimuler :                         (18:11)

Couvrir :                                (24:31)

Expliquer :                            (13:17)

 

 

Comme on peut le constater, le verbe « DaRaBa » possède au moins 10 significations différentes, rien que dans le Coran. Et ce mot possède encore d’autres significations.

 

Par exemple, en arabe, on n’imprime pas la monnaie, on « DaRaBa » la monnaie; on ne multiplie pas les nombres, on « DaRaBa » les nombres; on n’interrompt pas le travail, on « DaRaBa » le travail.

 

En turc, il existe de nombreux verbes similaires à DaRaBa. En anglais, il existe au moins deux verbes équivalents : « to strike » et « to beat ». En français : « frapper » et « battre ». (Exemple : frapper la monnaie.)

 

En Anglais par exemple, le Webster Dictionnary ne donne pas moins de 14 significations différentes pour le verbe « to strike » :

 

Définitions : frapper (contre qqch), allumer/enflammer, mordre (serpent), prendre racine, attaquer, hameçonner, sonner (l’heure), affecter, arriver à, arriver sur, venir à l’esprit, découvrir quelque chose (or, pétrole, …), démanteler, retirer, faire la grève, …

 

Le même dictionnaire donne 8 sens différents au verbe « to beat » :

 

Définitions : frapper de façon répétitive, surmonter, surpasser, remuer vigoureusement, battre des ailes, se frayer un chemin, naviguer contre le vent, vibrer/battre fort (musique, coeur…)

 

En Anglais, lorsque l’on demande à quelqu’un : « beat it ». Cela signifie : « Get out », c’est à dire « Va-t-en ». De la même manière en arabe, lorsque l’on emploie la forme « DaRaBa » pour dire quelque chose à quelqu’un, c’est à dire lorsque l’on dit « iDrib », cela signifie « Va-t-en ».

 

Comment trouver la signification correcte du terme ?

 

Lorsque l’on rencontre un mot à sens multiple, il faut sélectionner la bonne signification en fonction du contexte et du sens commun.

 

Par exemple, si l’on traduit, dans le verset (13:17), « DaRaBa » par « battre » à la place de « expliquer », la signification du verset en serait ridicule. Cela donnerait :

 

« …Ainsi Dieu bat le vrai et le faux .»,

 

à la place de :

 

« … Ainsi Dieu explique le vrai et le faux. » (13:17)

 

(Dans certaines traductions : Ainsi Dieu propose en parabole le Vrai et le Faux)

 

Un autre exemple d’erreur de traduction du mot « DaRaBa » peut se trouver dans le verset (38:44). Quasiment toutes ces traductions erronées s’agrémentent d’une histoire annexe (crée sur mesure par et pour l’homme) afin de justifier leur erreur. Voici par exemple comment Yusuf Ali traduit le verset concernant Job :

 

« Et prends dans ta main une touffe d’herbe; frappe-la* et ne rompt pas le pacte. »

(* sous-entendu : frappe la femme)

(« And take in the hand a little grass, and strike therewith: and break not (the oath). »)

 

Dans les notes de bas de page, Yusuf Ali nous conte l’histoire traditionnelle suivante :

« Job a du dire à la femme, dans son empressement, qu’il la frapperait : il lui est maintenant simplement demandé de la corriger à l’aide d’une petite touffe d’herbe afin de montrer qu’il était finalement  humble et bon autant qu’il était constant et patient. »

 

Cependant, si l’on ne rajoute pas cette petite histoire au verset, on peut traduire, à peu près honnêtement, de la manière suivante :

 

« A présent, traverse le pays afin d’accomplir ta promesse (qui est de délivrer ce message). Nous l’avons trouvé fermé et résolu. Quel bon serviteur ! Il était au nombre des soumis. » (38:44)

 

 

Revenons maintenant au verset (4:34) :

 

Additionnellement, le mot « Nushuz », traduit généralement par « opposition », possède une autre signification qui correspond à différents degrés de déloyautés, allant du simple flirt à la relation sexuelle.

 

Si l’on étudie attentivement le verset (4:34), on peut trouver un indice qui nous mènent à traduire ce mot par « flirter » ou « tromper » ou encore « relation extra-conjugale » (ou tout mot ou groupement de mots reflétant le niveau de déloyauté dans le mariage). Cet indice est la phrase qui se situe juste avant l’emploi du mot « Nushuz » :

 

« … et observe les commandements de Dieu, même seules dans leur intimité. »

 

Cette phrase met l’accent sur l’importance de la loyauté dans la vie conjugale, dans l’intimité.

 

En outre, le même mot « Nushuz » est également utilisé dans le verset (4:128), mais il est utilisé cette fois afin de qualifier les mauvaises conduites des maris, et non des femmes, comme ce fut le cas en (4:34). Par conséquent, la traditionnelle traduction de « Nushuz » par « opposition » ne convient pas ici. Dans les relations verticales, « opposition » ne peut-être un comportement à double tranchant.

 

Les traducteurs tentent d’éviter cette contradiction en attribuant le sens opposé à « opposition », c’est à dire « oppression » dans le verset (4:128).

 

Cependant, la signification de « Nushuz » comme « déloyauté » semble appropriée dans les 2 cas de figures décrits en (4:34) et (4:128).

 

 

Une compréhension cohérente :

 

Lorsqu’on lit le verset (4:34), le mot « idribuhunne » ne doit pas être compris par « frapper ces femmes ». Nous devons nous souvenir que ces mots possèdent plusieurs significations.

 

Dieu nous expose 3 façons de gérer les affaires extra-conjugales :

 

Au premiers signes d’une telle mauvaise conduite chez la femme (flirt), les maris doivent commencer par consulter leurs femmes, en parler et donner des conseils afin de la ramener vers une voie droite. Si cela ne fonctionne pas et qu’elle va encore plus loin en commettant l’adultère et que cela est prouvé, le mari possède cette fois le droit de la renvoyer (4:34 et 65:1).

 

Voici une tentative de traduction pour le verset 4:34 :

« Traditionnellement, les hommes prennent soin des femmes, dans la mesure où Dieu a doté chacun d’entre eux de certaines qualités, et les hommes doivent dépenser de leurs ressources financières. Les femmes pieuses obéissent à Dieu et durant l’absence de leur mari, elles les honorent en accord avec les commandements de Dieu. Et pour celles dont vous craignez la déloyauté, admonestez les en premier lieu, ensuite (si elles persistent) vous pouvez déserter le lit conjugal, et enfin vous pouvez les renvoyer. Si elles vous obéissent, alors ne leur cherchez plus querelle. Dieu est le Plus Grand, l’Etre Suprême. » (4:34)

 

Frapper les femmes adultères n’est pas une solution. Les renvoyer du domicile conjugal, si. Et cela semble beaucoup plus juste.

 

Note du site quran-islam.org :

En complément de l’argumentation bien étayée de M. Yuskel (ci-dessus), il peut être ajouté que ceux qui interprèteraient le mot « iddribuhhunna » dans le verset (4:34) par « battre physiquement » sont en violation directe avec 3 principes coraniques fondamentaux :

 

1 – Dieu interdit toute agression. Frapper une autre personne constitue un acte d’agression, peu importe les justifications que l’on peut apporter.

 

« Ne transgresse pas, Dieu n’aime pas les agresseurs » (2:190)

 

2 – Dieu commande aux maris et femmes de se traiter avec amour et miséricorde. Battre sa femme ne constitue ni un acte d’amour, ni un acte de miséricorde.

 

« Parmi ses Signes : il a crée pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous reposiez auprès d’elles, et il a établi l’amour et la bonté entre vous. Il y a vraiment là des Signes pour un peuple qui réfléchit ».  (30:21)

 

3 – Dans la Sourate 4 (titrée « Les femmes ») et dans le verset 19, il est spécifiquement demandé aux hommes de traiter leurs femmes de façon « bil-ma’ruf », ce qui signifie avec bonté et gentillesse. Inutile de préciser que de battre les femmes ne constitue pas exactement un exemple flagrant de bonté…

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